Parce que ma vie est multiple

Par le passé j’ai créé différents blogs sur différents sujets. Aujourd’hui j’ai décidé de tout regrouper au même endroit … ainsi si vous voyez apparaitre de nouveaux articles antérieurs à 2025, c’est que je les ai récupérés d’ailleurs …

Challenge 2: Harris Burdick – Les textes

Voici les textes reçus pour cette seconde semaine du Challenge dont le sujet était « Les mystères de Harris Burdick ». Rendez-vous au bas de la page et votez pour votre texte préféré.

Texte d’Alex :

A retrouver sur son blog : http://horizons-sf.fr/passeur-des-glaces/

Il faisait déjà nuit depuis plusieurs heures lorqu’Axel Courtepointe rangea son traîneau pour rentrer chez lui. Un mal de tête lancinant lui vrillait le crâne, et le froid, un peu plus intense depuis que la saison froide avait commencé, était saisissant, presque coupant.
Il faut dire que sur la planète EXX 130, le froid était une constante, avec des variations assez peu significatives (de l’ordre de de cinq ou six degrés entre les deux saisons qui rythmaient l’année de la petite planète).
Axel gara le traineau du côté de la rive où il allait le récupérer le lendemain, pour une autre longue et exténuante journée de travail. Car Axel courtepointe était un « passeur des glaces », comme il en existait des centaines sur la planète presque entièrement recouverte par les glaces. La fonction d’un passeur des glaces consistait à faire traverser un lac insuffisamment gelé pour supporter le poids d’un homme équipé de patins à glace ou de skis. Or, à l’endroit ou Axel travaillait, la glace était en effet rendue friable par une intense activité volcanique sous-terraine.
C’était un métier exténuant et mal payé, et la plupart des passeurs cumulaient deux emplois pour joindre les deux bouts.
Axel s’empara de son sac à dos et se motiva pour faire un détour par la supérette. Sa liste de course comportait de la graisse pour chaussures, quelques pilules morphocaloriques (pour lutter contre le froid sans se trouver engoncé dans plus de trois épaisseurs de vêtements), des lames de rechange pour patins à glace (catégorie « spécial entraînement »), et destinées à Boral, son compagnon.
Boral était danseur sur glace de profession et Axel l’avait rencontré à un gala de charité. Axel était tombé sous le charme de cet homme superbe et gracieux, aux yeux aussi transparents qu’une patinoire fraîchement damée. Axel avait découvert son homosexualité à ce moment, sur le tard (il avait presque quarante ans). Depuis, il filait le parfait amour avec Boral, et cette simple idée, alors qu’il attaquait péniblement la dernière portion de trottoir jusqu’à la supérette, lui insufla l’énergie nécessaire pour continuer.
Il ignorait les raisons de cette asthénie qui le minait depuis quelques semaines. Son médecin n’avait rien diagnostiqué, sinon un stress et une insomnie inhabituels chez cet homme ordinairement serein et équilibré. Il lui avait prescrit des tranquillisants, mais surtout des somnifères pour qu’il puisse récupérer. Mais rien n’y faisait, il était épuisé. La nourriture était peut-être en cause (si on pouvait parler de nourriture sur EXX130, la consommation d’aliments solides étant farouchement prohibée). Le cocktail de pilules qui nourrissait les basses classes de la population était peut-être en cause, avait dit le médecin avant de prescrire d’autres pilules.
Axel fit ses emplettes aussi vite que possible, mais quand il atteignit la caisse, il se rendit compte qu’il avait oublié le Sopalin. Il ne savait pas ce que trafiquait Boral avec le Sopalin, mais il avait l’impression d’en acheter un nouveau rouleau tous les deux jours, depuis quelque temps. Il se dit qu’il faudrait qu’il ait une discussion avec Boral sur ce sujet.
– Tu as du Sopalin, Mass ?
Mass était le gérant de la boutique. Affalé sur son siège derrière la caisse, il ne bougeait son postérieur qu’en cas d’absolue nécessité (non pas qu’il fût obèse, personne ne l’était sur EXX 130). C’était simplement qu’il ne vouait à son métier qu’un intérêt subalterne une rumeur courait selon laquelle il vivait de l’argent gagné aux jeux, sa passion pour les sports de glace étant connue de tous à cinquante kilomètres à la ronde.
– Du Sopalin ? Peut-être bien… Tu ne m’as pas déjà demandé ça, hier ?
– Non, c’était avant-hier…
– Je vois… Vais aller faire un tour dans la réserve. Bouge pas.
Mass disparut derrière l’éventaire de protéines « spécial grand air », et revint au bout de cinq bonnes minutes.
– C’est le dernier, Ax, dit-il, après il faudra attendre la prochaine livraison.
– Merci, Mass, répondit le passeur d’un air contrit.
Boral Mladost ferma soigneusement le colis contenant près de cinquante bricks au thon, verrouilla la fenêtre du salon et empoigna son téléphone. Il composa le numéro de Rafik Al Baghdadi et attendit.
Son correspondant répondit à la huitième sonnerie. Soulagé, Boral s’éclaircit la voix avant de parler.
– Il m’en faut plus, dit-il sans préambule.
Au bout de la ligne, il y eut un soupir suivi d’un long silence.
– Rafik?
– Ouais, je suis là !
– Il m’en faut plus, je te dis, sinon…
– Sinon quoi ? Tu regardes jamais la télé toi? Ils ont voté une nouvelle loi, au Parlement, comme quoi a toute consommation de nourriture terrestre sera passible d’un emprisonnement pouvant aller jusqu’à 20 ans ».
– Tu ne vas pas me lâcher ?
La voix de Boral grimpa dans les aigus, et sa bouche s’assécha. Jamais il n’avait cru qu’il allait tomber dans pareille manigance. Mais voilà faire du trafic clandestin de bricks au poisson était plus que lucratif, et avec Axel ils caressaient le rêve de s’offrir un petit chalet citadin, loin de ce trou paumé. Avec un peu plus d’argent, Axel pourrait même s’arrêter de travailler. De son côté, il donnerait d’autres galas sans être obligé de patiner huit heures par jour.
– Ecoute, dit Rafik, l’autre jour, il a failli se réveiller.. s’il nous avait surpris…
– Mais non, il dort comme un bébé. Et puis j’ai fait ce que tu m’as demandé pour les odeurs de cuisson.
– Ok, chef, on remet ça ce soir. Mais au moindre problème…
– Il n’y aura pas de problème..
Mais l’autre avait déjà raccroché.

Axel déverrouilla la porte de chez lui et pénétra dans la cuisine. La cuisine était une pièce qui n’existait plus, dans les constructions récentes. Axel lui-même ne s’en était jamais servi. Les plaques électriques servaient de temps à autre à chauffer la pièce, mais jamais à faire cuire quoi que ce soit. La plupart des habitants de EXX130 qui avaient encore de tels équipements finissaient pas les désinstaller, afin de récupérer une pièce. Ils transformaient ainsi les cuisines de jadis en chambres ou en annexes. Plus personnes ne faisait la cuisine.
Axel posa ses sacs dans ce qui avait été jadis un évier et remisa le Sopalin dans la buanderie. Il prit note mentalement qu’il y en avait quatre rouleaux avant de hausser les épaules. Il se faisait sans doute des idées, le Sopalin ne pouvait pas disparaître comme ça. Après tout, il était perturbé en ce moment, avec toutes ces pilules qu’il ingurgitait… Il devait y avoir une explication rationnelle. Et pourtant… Mass avait noté lui aussi qu’il lui achetait beaucoup de Sopalin. Or, Mass ne prenait pas de psychotropes (à priori). Axel se dit qu’il était peut-être somnambule… Et pourquoi n’essaierait-il pas d’arrêter les somnifères pour quelque temps? Peut-être n’en avait-il plus besoin, après tout!
Axel consulta sa montre – déjà 21 h-, se versa un verre d’eau et ouvrit le placard de « nourriture ». Il choisit deux cachets bleus, les avala et quitta la pièce. Ce soir, il y avait son émission préférée à la télévision un concours de chiens de traîneau. C’était décidé il ne prendrait pas ses somnifères. En plus, Boral lui avait dit qu’il ne viendrait pas. Une soirée idéale pour regarder la télé toute la nuit, sans somnifères, sans pilules vitaminées. Une vraie soirée de célibataire.
Axel Il s’installa confortablement sur le canapé, s’enroula dans un plaid en polaire et alluma le petit écran.
Il resta ainsi pendant plusieurs heures quand un bruit inhabituel, en provenance de la rue, le fit sursauter. Le silence revint, et il se dit qu’il avait rêvé, ou bien qu’il avait stressé parce qu’il n’avait pas pris ses calmants. Tous les sens en alerte, il cessa de respirer et tendit l’oreille.
De nouveau, un bruit étrange, qui semblait provenir de la buanderie cette fois. A pas feutrés, il gagna la petite pièce. Son regard tomba sur l’étagère où il avait rangé les quatre rouleaux de Sopalin. Eberlué, il constata qu’un rouleau avait disparu. Une anxiété grandissante le saisit. En plus, une odeur étrange flottait dans l’air, une odeur qu’il ne connaissait pas, quelque chose de piquant et de fleuri.
Il retourna dans le salon, attentif au moindre bruit. Il resta ainsi un bon moment, indécis sur la marche à suivre, quand son cœur partit en looping dans sa poitrine. Il était certain d’avoir vu le bouton de la porte tourner. Le bouton de la porte de la cuisine.
Il se figea, incapable de réagir, quand il vit Boral apparaître sur le seuil. Boral avait un immense plateau dans les mains, et dessus, des petits rectangles entourés de sopalin étaient disposés les uns à côté des autres, en rangs serrés.
Le sang reflua du visage de Boral.
-Tu… tu ne dors pas, Ax ?
-C’est quoi, ça ?
-Qu… quoi ?
-Ce qu’il y a dans le plateau ?
-Ah, ça ?
-Ben oui, ça ? Et qu’est-ce que tu fais debout à cette heure ? Et dans la cuisine ? Avec mon Sopalin? Qu’est-ce que tu trafiques ?
– Ok, je vais tout l’expliquer…
C’est ainsi que Boral expliqua à son compagnon qu’il faisait un trafic de bricks, qu’il utilisait ses plaques de cuisson depuis trois semaines – en pleine nuit pour ne pas être repéré par les voisins -que le sopalin était destiné à éponger le trop plein d’une substance appelée « huile », et qu’avec l’argent gagné, ils allaient enfin pouvoir se tirer ».
Une expression de stupeur traversa le regard bleu acier d’Axel, qui laissa place à une autre, plus douce, plus ouverte. Puis ce fut un sourire hésitant, et enfin, un rire exubérant. Une fois calmé, il s’approcha de son amant, lui prit la main, et dit :
– Tu as besoin que je rachète du Sopalin?

Texte de Sandie (moi) :

Il balança sa lanterne trois fois et la goélette apparut lentement. Elle avança vers le quai, la brume qui l’entourait se déplaçant avec elle. Le capitaine monta à bord et me fit signe de le suivre. A l’instant où mon pied se posa sur le pont, un vertige me traversa de part en part. Je me retournai, nous voguions en haute mer.

-Ho hé, moussaillon! Éloignes-toi un peu, avec cette houle tu risquerais de passer par dessus bord. Si tu as le mal de mer, viens par ici, j’ai un remède infaillible. Regarde fixement cette lanterne, sans cligner des yeux. Petit à petit tu feras corps avec le bateau et ses mouvements cesseront de t’incommoder.
– Oui Capitaine !

Je m’assis face à la lanterne et fut immédiatement fasciné par la danse de sa flamme. On aurait dit un serpent ondulant au chant de la flute, un aigle fonçant sur sa proie, ou peut-être un bateau glissant sur les vagues. Le sommeil me prit soudain.

A mon réveil nous accostions à une ile verte d’une étrange flore. Je débarquai à la suite du capitaine et me rendis vite compte que ce n’était pas la seule particularité de cette ile. Tout ici semblait disproportionné. Je me sentais minuscule, perdu dans cette immensité.

Le capitaine avançait d’un pas sûr, je fis mon possible pour ne pas me laisser distancer. Nous évoluions rapidement entre les rosiers de dix mètres de haut et les pissenlits de trois mètres. Il s’arrêta devant une muraille dont la cime se fondait dans les cieux. Il fit tournoyer sa lanterne, deux cercles vers la droite, un vers la gauche, un demi vers la droite. Une fissure apparut et s’élargit lentement. Il glissa sa main à l’intérieur, ramassa quelque chose et se retourna, un grand sourire illuminant son visage.

– Hé bien moussaillon, tes ennuis sont réglés, me dit-il en dévoilant sa trouvaille : une pièce d’or de vingt centimètres de diamètre minimum.

Il me la tendit et en attrapa une seconde avant que la fissure ne se referme. Chargés chacun de notre butin, nous primes le chemin du retour.

Le lendemain je m’éveillais dans mon lit, sans vraiment savoir comment j’y avait atterri. Avais-je rêvé ? Je soulevais mon oreiller et vit deux immenses pièces d’or cachées dessous. Le capitaine avait raison, mes ennuis étaient bel et bien terminés.

A vous de voter !


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *