Parce que ma vie est multiple

Par le passé j’ai créé différents blogs sur différents sujets. Aujourd’hui j’ai décidé de tout regrouper au même endroit … ainsi si vous voyez apparaitre de nouveaux articles antérieurs à 2025, c’est que je les ai récupérés d’ailleurs …

Challenge 5: Histoire à trous – Textes

Voici les textes reçus pour cette cinquième semaine du Challenge dont but était de remplir un texte à trou. Pour information les textes de départ étaient : « Aurélien d’Aragon », «Le liseur » de Berhard Schlink et l’histoire d’amour la plus connue « Roméo et Juliette » de William Shakespeare.
Rendez-vous au bas de la page et votez pour votre texte préféré.

Texte de Gloria : L’épine dans le bouquet

Je ne savais pas encore combien de fleurs j’allais devoir lui acheter avant qu’il ne comprenne que c’était lui qui me plaisait le plus dans cette boutique. Ses bouquets bleus, jaunes et roses qu’il confectionnait chaque jour de ses mains agiles et assurées n’étaient que de modestes beautés comparées à ses yeux, qui eux brillaient de toutes les couleurs que la nature avait créées.
Le vendredi, toujours à la même heure, j’entrais le cœur palpitant dans ce petit magasin où se mêlaient les éclats des tulipes, marguerites, iris, où se confondaient les odeurs de campagne, d’affection et d’espoirs. Enfin, surtout le mien. Dès le seuil franchit, il bousculait les vases et les pots, il faisait s’envoler quelques pétales de fleurs fragiles dans sa recherche éperdue du cœur fleuriste. A ce jour, il ne l’avait encore jamais rencontré.
J’entrais juste après. Dans ma tête, des phrases récitées devant mon miroir la veille se bousculaient. Pour une fois j’étais en retard sur mon horaire habituel. J’avais pris le temps de mettre des gants en velours pour que mes mains aient la texture et la douceur de la célosie quand je prendrais le bouquet qu’il me tendrait dans quelques minutes.
Mais aujourd’hui la boutique était vide et mes yeux poudrés de lilas cherchaient dans tous les sens, dans toutes les directions, celui qui me vendait des fleurs sans savoir que c’est moi qui voulait m’offrir à lui… avec ou sans parfum, effeuillée à mon tour sous un drap de coton, sans rubans ni froufrous.. Puis je l’aperçus dans l’arrière-boutique.
J’essayais de ne pas regarder les jambes minces, la taille fine, les épaules sereines et la nuque blanche à demie camouflée par une longue tresse blonde.
Sa femme.
C’est elle qui s’occupait du magasin cet après-midi. C’est elle qui composait les bouquets de couleurs et de senteurs pour tous ses visages ultérieurs qui viendraient ici après moi. « C’est pour ma mère… c’est pour un anniversaire… c’est pour un décès.. » Un peu.
Beaucoup.
Passionnément.
A la folie.
Pas du tout.
Je me retournais le cœur lourd mais mes yeux se posèrent alors sur des lèvres pleines et souriantes.
« J’ai cru ne pas vous voir aujourd’hui » Il était là, devant moi.

Texte de Pascale

La première fois qu’il la vit, il la trouva franchement laide et peu sympathique. Une étoffe semblable à celles que l’on voit dans les films de princesse recouvrait ses épaules, rajoutant un détail incongru à cette image surprenante.
Curieusement un vers qu’il avait écrit dans ses premiers poèmes lui revint en mémoire: « il errait, hanté par le souvenir de cette image, si fragile et si fugace … » A cette époque, il pensait qu’aligner des mots les uns derrière les autres, dans une musicalité agréable, était déjà un début de poésie ! Quelle prétention ! Rien, même pas un beau souvenir auquel se rattacher… Cette période qui l’obsédait était pourtant loin derrière lui. Maintenant il savait ce qu’écrire signifiait et cette passion pour l’écriture rythmait désormais chaque instant de sa vie. Mais elle ne suffisait pas à son bonheur. Il lui fallait retrouver l’autre, la vraie, l’unique passion sans laquelle sa vie manquait de sens. Cette passion intense pour une femme dont il avait un jour croisé le regard d’une intensité absolue. Une lumière qui embrasait des yeux de charbon ardent, transformant son visage, l’illuminant d’un éclat irréel.
Fermant les yeux il s’efforça de reprendre pied dans la réalité. Un coup d’œil circulaire acheva de le ramener sur terre : en ménage il n’était vraiment pas doué!!! Comment avait il pu laisser accumuler autant de poussière ! De nouveau son esprit s’échappa: une histoire de cœur, d’amour, aurait pu lui redonner le courage de se jeter jusqu’à l’aube dans le travail et d’en sortir, totalement épanoui, tel un vainqueur.
Je ne savais pas comment réagir à cet envoi de fleurs. Bien qu’elles ne soient que de modestes beautés je ne pouvais m’empêcher de ressentir toujours la même sensation de plaisir. Toutes ces odeurs mêlées, dans un bouquet rencontré au détour d’un bosquet, je les avalent même récitées! Des vers, encore des vers, envahissait mon esprit. Je repris ma plume et mon héros reprit vie. Cette étoffe en velours qui recouvrait les épaules de cette femme agitait tous les sens de son esprit: il imaginait soudain un drap, jeté tel un drapé sur le canapé de cuir. Non, il ne devait pas regarder, ne pas s’attarder sur la nuque de cette femme sinon une fois encore il devrait faire face à ses démons. Imaginer ses visages ultérieurs, les sourires de lèvres pleines… STOP !
Mon chien me regardait avec stupeur, assis devant moi. Quelle est cette dame, devait il se dire, qui parfois me tend la main pour m’offrir un biscuit mais qui parfois aussi se transforme en inconnue perdue dans ses pensées ?
Il vit alors briller clair et intense, tel un riche joyau, une petite médaille autour de son cou. Il s’agissait d’une colombe de neige, si fine et si gracieuse qu’elle semblait tout droit sortie de la danse magique d’un ballet créé pour elle. C’était une vraie beauté qui s’offrait maintenant à lui. Sous un masque de laideur il avait enfin découvert celle qu’il recherchait. Je posais mon stylo: tant pis je reprendrais plus tard mes divagations d’écrivain car là il était vraiment temps pour moi de rejoindre notre réception, ou plutôt celle donnée en mon honneur par mon éditeur qui considérerait comme un outrage le moindre retard de ma part. Dommage j’imaginais déjà la suite de mon récit, un sourire coquin envahit mes lèvres. Je ressentais parfois cette sensation, m’identifiant à mes héros… Qu’ils frémissent, et tout mon corps commençait à s’embraser. Mes lèvres humides me rappelait les vœux échangés : « mon amour, à tout jamais nous serons ensemble, dans nos corps, dans nos esprits. A tout jamais je veux me plonger dans vos baisers.

Texte de Yasmina

La première fois, Aurore ne m’avait pas vu. Je l’observais depuis la terrasse du café en sirotant une menthe à l’eau. Elle portait, jeté paresseusement sur ses épaules, une étoffe aux couleurs criardes franchement laide et crapotait une fine cigarette en prenant des airs de princesse.
Ces attitudes maniérées m’avaient au premier abord agacé. Je n’aurais alors pas déclamé un vers pour elle, ni hanté sa rue les nuits de pleine lune, même pas un beau sourire je lui aurais donné.
Le samedi suivant, toujours attablé à mon poste d’observation, je l’examinais déambulant nonchalamment dans la rue qu’elle ne semblait pas vouloir quitter. Son chihuahua qui l’obsédait était vêtu d’un jaune moutarde tendance. Elle s’attardait parfois pour discuter avec des connaissances, notamment la serveuse du bar, pas Carine, non l’autre, la vraie Andalouse qui avait une voix assez rauque pour une femme et qui maquillait ses yeux de charbon, celle qui était en ménage avec Alphonse le proprio, j’ai oublié son nom, Maria … ou Pippa peut-être.

Les conciliabules terminées elle reprenait ses allers et venues incessantes en portant son frêle animal dans ses bras. Sa vulgarité et sa fragilité feinte me plaisait finalement assez. Mon regard devait être de plus en plus lourd car elle finit par sentir sa présence et me jaugea rapidement d’un air absent.
J’aurais aimé mettre un peu plus de cœur à l’ouvrage pour la charmer. Toutefois, l’effort me semblait futile et à l’aube il n’y eut ni vainqueur, ni mendiant, ni roi.

Texte de Philippe

Je ne savais pas combien de fleurs j’allais déposer sur sa tombe. Je l’avais tuée le matin même parce qu’elle avait oublié la Saint Valentin. Je l’avais connu il y a deux ans. C’était une très belle femme. Avant, je n’avais fréquenté que de modestes beautés. On s’était rencontrés sur le Ponte Vecchio à Florence. Je voulais m’acheter une gelati et c’était toujours la même histoire. Allais-je prendre citron-cassis ou citron-framboise. J’étais indécis. Et là, elle me dit caramel-mozzarella. Ces odeurs me plaisaient. Je l’invitais à prendre un café. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés. Je tombais fou amoureux. Toute la journée, j’aimais lui réciter des poèmes. Sa main était douce comme du velours. Ça m’affolait et je perdais tous les sens. J’avais des pannes des sens comme elle aimait rire.
Et là, bêtement, elle oublie la Saint Valentin. Alors le 15 au matin, je mis un drap sur son corps et je lui tirais deux balles dans la tête. Je ne voulais pas voir un si beau visage défiguré. Comme elle bougeait encore, je lui tirais encore deux fois dans la nuque. J’ôtais le drap pensant à ses visages ultérieurs car là, son visage, il n’y en avait plus. Ses lèvres pleines de sang s’étiolaient devant moi.
Bon, je raconte ça, mais je ne l’ai pas tuée. D’ailleurs, je ne la connais pas encore. Je l’attends. Mais, je t’en supplie, si un jour, on se rencontre, n’oublie pas la Saint Valentin. Te voilà prévenue…

Texte de Sandie

Je ne savais pas quel temps il faisait avant qu’il ne rentre, trempé jusqu’à l’os, un bouquet de fleurs ratatinées à la main. Tulipes jaunes et roses, de modestes beautés passées. Toujours le même bouquet, toujours la même main tendue, toujours le même sourire en accompagnement. Seule différence au tableau un taux d’humidité largement supérieur à la moyenne acceptable. L’eau ruisselait le long de son manteau, jusqu’à ses pieds, le long de sa manche, jusqu’à son coude plié. De là, les gouttes venaient s’écraser au sol dans une explosion sourde et faisaient naître des tâches sombres sur mon tapis immaculé. Ajoutant à l’horreur de la scène, ces fleurs fadasses, et ces odeurs prenantes d’herbe mouillée fleurie.
Que faisait-il encore là ? J’aurai préféré ne l’avoir jamais rencontré. Mon Dieu, débarrassez-moi de lui, de ses fleurs et de son sourire insipides. Malgré mes prières récitées tous les soirs avec ferveur, chaque matin il réapparaissait devant ma porte, son bouquet de malheurs à la main. aurait pu choisir de belles roses sombres avec leurs pétales en velours, ou des fleurs des champs agencées dans tous les sens. Mais non, chaque fois il revenait avec ses tulipes. J’aurai voulu avoir un drap sous la main sous lequel me cacher, ne pas regarder, ne plus jamais regarder. Il me tendit les fleurs et tourna la tête, un ruisseau coulait le long de sa nuque. Alors qu’il s’éloignait, son visage restait gravé au fond de ma pupille, identique à celui de la veille et à tous ses visages antérieurs, et probablement à tous ses visages ultérieurs, marqué par ce sourire aux lèvres pleines, fixé, chaque jour, à ma porte, devant moi.

Texte d’Arnaud

Je ne sais pas où je mets les pieds. Un bouquet de fleurs à la main, je patiente avec des images du passé qui me font douter du futur. Hier encore, je batifolais avec de modestes beautés et maintenant je m’apprête à me ranger pour une beauté pas si modeste. Avec les femmes c’était toujours la même chose, trop facile ! Un regard, un sourire, une fragrance de parfums et les voilà au septième ciel. Une seule pensée a leur vue, les conquérir pour malheureusement ne plus m’y intéresser avec le temps.
Aujourd’hui c’est la Saint Valentin et croyez le ou non, c’est mon premier ! Depuis temps d’année et malgré toutes mes relations, je n’ai jamais fêté cette institution avec quiconque. Je ne leur ai pas laissé le temps ni la chance de partager cette date avec moi. Ces odeurs de roses et de chocolat me font comprendre que j’ai rencontré c’elle qui me mérite et qui a su m’apprivoiser. Dans ma poche des poèmes que je peux réciter par cœur et prouver que je ne suis pas qu’un beau corps, mais un homme qui a aussi du savoir dans son être. Un costume et un chapeau de velours, couleur bleue nuit. La panoplie du parfait Lover prêt à faire la cour à une demoiselle, qui se fait désirer! Tout les sens de mon être sont à l’affût, c’est une première et je dois être au top. J’ai même changé les draps de mon lit dans le cas où on y finirait la nuit jusqu’au petit matin, ou plus.
A force d’être dans mes pensées, je ne l’ai pas remarqué quand elle s’est avancée vers moi. Elle est là devant moi ! Elle porte une robe rouge sang et un châle jaune sur la nuque. Ces couleurs lui font ressortir le bleu de ses yeux. En la voyant je ne pense plus à ces visages antérieurs et ne regrette pas ces visages ultérieurs que j’aurais pu connaître, pour ensuite les abandonner. Le rouge de sa robe se reflète sur ses lèvres et quand elle les ouvre pour me dire « bonjour ! », je compris que la Saint Valentin a commencé…

A vous de voter !


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