Voici les textes reçus pour cette septième semaine du Challenge, avez-vous reconnu les œuvres cachées dernière ces premières phrases ? Il s’agit de :
1) Le Flâneur des deux rives, Guillaume Apollinaire
2) Pêcheur d’Islande, Pierre Loti
3) Les Faux-Monnayeurs, André Gide
4) Confessions d’un fumeur de tabac français, Roland Dubillard
5) Dans le café de la jeunesse perdue, Patrick Modiano
6) Impardonnables, Philippe Djian
7) Bartleby le scribe, Herman Melville
8) Les cinq cents millions de la Bégum, Jules Verne
9) Le problème avec Jane, Catherine Cusset
10) Le diable au corps, Raymond Radiguet
Rendez-vous au bas de la page et votez pour votre texte préféré.
Texte d’Hervé
Ils étaient cinq, aux carrures terribles, accoudés à boire, dans une sorte de logis sombre qui sentait la saumure et la mer. De la salle principale, leur refuge ne laissait rien paraître de son existence, pas même son entrée, qui n’était accessible qu’en passant derrière le comptoir. Il fallait, pour y pénétrer, écarter un lourd rideau de velours autrefois vert, mais que la crasse et le moisi avaient rendu presque noir au fil des années, puis emprunter, dans une obscurité quasi complète, les sept marches branlantes qui descendaient en quart de cercle jusqu’à une pièce carrée, à peine plus grande qu’un placard à balais. Le lieu avait d’ailleurs tenu lieu de débarras durant de nombreuses années, avant que le patron ne se décide à le réserver à l’usage exclusif de l’équipage de la Maritorne. Quelques minutes lui avaient suffi pour ça, juste le temps nécessaire pour en sortir les quelques brosses et serpillières, ainsi que le seau en fer-blanc et les produits d’entretien remisés dans cette espèce de cave qui, en un temps encore plus éloigné, avait également servi à conserver des harengs marinés. Il avait laissé sur place quatre caisses de bois, empilées deux à deux contre le mur du fond – et, connaissant les habitudes de ceux auquel le lieu était destiné, n’avait pas jugé utile d’y descendre de quoi s’asseoir.
Tous les vendredis soir, sur le coup de huit heures, l’arrivée des Norvégiens provoquait un discret émoi parmi les autres habitués du Petit Navire. Eirik entrait le premier, immanquablement suivi de Mikkel, Brage, et des deux Petter – le père précédant le fils. Dans la salle, on se poussait du coude en chuchotant, et les conversations ne reprenaient que lorsque le rideau était retombé sur les larges épaules de Petter le jeune. Aussitôt, la patronne sortait cinq chopes, qu’elle emplissait tour à tour à la tireuse de bière – de la Heineken – avant de les déposer sur un plateau métallique. Et c’est à Marie, la fille de la maison, la frêle Marie qui, à quinze ans passés, en paraissait douze, Marie aux bras blancs et grêles, à la petite tête de souris surmontée d’une courte tignasse rousse, qu’il revenait d’acheminer ce lourd fardeau jusqu’à ses destinataires.
Texte de Philippe
Je savais parfaitement qu’elle n’était pas là puisque c’est moi qui l’aie enterrée dans la forêt il y a trois jours.
Non, je ne l’ai pas tuée ! La dernière fois que je l’ai vu elle était encore vivante. Après, je ne sais pas, je suis reparti.
J’admets qu’être sous un mètre de terre génère un diagnostic quelque peu réservé quant à la survie de l’intéressée…
Mais là n’est point mon problème.
Rien ne prouve que personne d’autre ne l’ait vu après. Ne faites pas de conclusions hâtive s’il vous plaît ! Les apparences sont parfois trompeuses.
J’admets que les coups de pelle c’est moi. Elle ne voulait pas se promener en forêt, il a fallu que j’insiste.
Elle a pu aussi tomber dans cette fosse. Il y a pu avoir un éboulis qu’il l’ait ensevelie.
Oui la forêt est une zone plate. Ah en plus la fosse était recouverte de ciment ! Je ne sais pas quoi vous dire !
Oui, je suis maçon. Vous me trouvez « truelle ». Normal pour un maçon. Ah non, « cruel » ! Ah pourquoi ?
Elle me disait : « Tu me rends malade. ». Je ne suis pas pour l’acharnement thérapeutique.
Ah, la séance est terminée.
Merci Docteur, je peux sortir.
Non, je dois regagner ma cellule.
Une dernière question Docteur.
Où est ma femme ? Vous me cachez quelque chose !
Texte de Sandie
« C’est le moment de croire que j’entends des pas dans le corridor » se dit Bernard. « La lune éclaire la nuit d’une lueur livide. Le vent siffle entre les arbres et fait craquer le toit. Un temps propice à faire sortir toutes les peurs de nos cerveaux embrumés par le sommeil. Des pas, donc, sur un vieux plancher qui grince. Et une ombre. Qui, il faudrait imaginer une ombre se découpant dans la pièce et grossissant au fur et à mesure que les pas se rapprocheraient. Là j’imaginerais mille explications à ces phénomènes étranges. Serait-ce un cambrioleur qui profiterait de l’absence de mes parents pour dévaliser le peu d’économies qu’ils ont ? Ou bien un prisonnier échappé de sa cellule cherchant refuge dans une maison d’apparence vide ? A moins qu’ils ne s’agisse du fantôme de l’ancien propriétaire qui s’est pendu dans sa chambre et qui nous a, par la même occasion, permis d’emménager ici pour un prix dérisoire. Alors la lumière faiblirait à son approche et le vent ouvrirait portes et fenêtres dans un long hurlement. »
Justement la porte s’ouvre brusquement et fait sursauter Bernard. « Lequel de mes scénarios horribles est en train de se produire ? » se demanda-t-il en voyant l’ombre avancer sur le mur. Doucement il tourna les yeux en direction de la porte pour voir quelle menace l’y attendait. Sa mère le regardait avec un grand sourire « Nous sommes rentrés plus tôt que prévu mon chéri, j’espère que cela te fait plaisir. »
A vous de voter !

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