Voici le texte que j’ai écrit pour ce premier « Écrivez la suite ».
Aujourd’hui c’est la fin, je le sens au plus profond de moi. La vie me quitte, sa sève s’écoule hors de moi, tout doucement, me laissant le temps d’admirer, pour la dernière fois, mon beau jardin.
Mon cher jardin, tu m’en auras fait vivre de drôles d’aventures. Que d’agréables moments ai-je pu passer en ton sein ! Tu m’as vu naître tu me vois m’éteindre. Entre les deux tellement de souvenirs.
Je suis arrivée avec les premiers beaux jours, au début du printemps. Tu étais encore tout engourdi par les longues nuits d’hiver. Ce matin là il faisait froid, très froid. Peut-être le matin le plus froid de ma courte vie. Un vent glacial soufflait dans tes allées et faisait plier les premières pousses de la saison, mais les rayons du soleil levant vinrent l’adoucir. Ils illuminèrent, par la même occasion, les petites feuilles courageuses qui avaient décidé de sortir de leur bourgeon pour affronter la fraîcheur matinale. Je naquis avec elles.
Quelques jours plus tard tu avais troqué définitivement ton manteau blanc contre un habit de verdure, tâché de rouge, de rose, de violet, de jaune. L’herbe avait repoussé, les feuilles et les fleurs aussi. Et l’on entendait les oiseaux chanter ia joie, l’amour, la vie.
Aujourd’hui c’est un spectacle bien différent que tu m’offres. Les oiseaux restent silencieux, un silence de tristesse, d’abandon, de mort. Les fleurs ont disparu, la verdure aussi. Les feuilles ont changé de teinte quelques unes sont rouges, d’autres oranges, beaucoup sont marrons. La plupart ont déjà quitté leur arbre et s’amoncellent dans les allées où de légères bourrasques les font tournoyer… enfin, quand elles ont de la chance… car le plus souvent elles se font écraser par les passants, broyer sous les roues des vélos, déchirer par les râteaux, pour finir comprimées dans de grands sacs en plastique.
Tiens, je n’avais jamais remarqué ce troisième angelot sur ta fontaine étrange ni ce rocher au croisement suivant .. très étrange.. ni ce muret de pierre qui semble s’étendre à l’infini .. très très étrange… J’ai passé tellement de temps dans ce jardin, comment ai-je fait pour ne pas voir tout ça avant? Mais oui ! C’est le grand chêne qui me cachait la vue de toutes ces merveilles, évidemment ! Maintenant que je vole plus rien ne peut se dérober à mon regard, je peux contourner les obstacles pour découvrir ce qu’il y a derrière. Finalement c’est pas mal de mourir, je ne me suis jamais sentie aussi libre, plus aucune entrave, aucune chaîne, je peux enfin découvrir le monde… depuis le temps que j’en rêve ! Mais pour commencer, quittons ce jardin et allons voir ce qu’il y a de l’autre côté. Je n’ai qu’à passer par-dessus ce muret, j’y suis presque, encore un petit effort, un tout petit effort, et… Non! Brusquement le vent s’arrête, et je tombe, je m’écrase sur le sol, au milieu de mes sœurs. Avant de m’éteindre définitivement, j’ai juste le temps d’apercevoir les pics étincelants du râteau.
Et vous, ces mots vous ont-ils inspirés?

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