Cette semaine je vous propose d’écrire un texte sur le thème suivant :
Changement d’heure
Texte de Philippe
C’était un temps des plus sombres. Sarkozy passait pour un gauchiste et Marine se faisait traiter de Louise Michel.
Le nouveau gouvernement, les ultras extrême néonéolibéral avait selon leurs dires trouvé la solution miracle pour augmenter la productivité : le changement d’heure. Non celui que l’on connait qui consiste au printemps et à l’automne à décaler l’heure officielle par rapport à celle du soleil.
Il avait décrété que l’heure au lieu de durée 60 minutes comme actuellement passerait à 100 minutes. Il voulait ainsi achever la réforme décimale amorcée à la révolution.
Il était bien entendu que cette nouvelle heure de cent minutes serait payée au taux de celle de 60 minutes générant ainsi une augmentation du taux de productivité de 66,66%.
Le pays devint riche et les gens de plus en plus pauvres.
Grace à cette mesure le chômage était tombé en dessous des 10 millions.
Ceux qui avaient du travail bossaient l’équivalent de nos 14 heures par jour et n’avaient plus aucune force pour se révolter.
Les autres, les chômeurs, les soit-disant oisifs voyaient le temps défiler encore plus lentement.
Mais un jour, un homme décida d’arrêter le temps.
Tout le monde s’arrêta. Ce fut la minute la plus longue de l’histoire. La minute de l’espoir.
« Au temps suspend ton vol »
Mais bien vite l’homme fut arrêté et le temps repris sa course.
Je me réveillais en sueur échappant ainsi à ce cauchemar, heureux de vivre dans un pays sans problème d’heure.
Ce matin, j’ai deux rendez-vous, le premier pour mon 3000° entretiens d’embauche, le deuxième pour demander à mon propriétaire qu’il retarde mon expulsion. Et après ça on ose dire qu’elle est pas belle la vie. A votre avis ?
Mon texte
« Tic tac tic tac tic tac tic … »
Silence. Je tourne la tête pour vérifier l’horloge… enfin … j’essaie … Engourdissement. Est-ce mon corps qui ne répond plus ? J’insiste. Mon cher petit cerveau, veux-tu bien s’il te plait envoyer à ce corps récalcitrant l’ordre de tourner la tête ? Juste un peu, pour me faire plaisir. Je t’en prie ma tête, accepte de bouger ! Rien.
Alors que mon corps refuse toujours le mouvement, mon esprit, lui, file à toute allure. Je remonte le fil du temps pour essayer de trouver ce qui a pu se passer, ce qui a pu couper la communication entre mon corps et mon esprit. Aurais-je fait un faux mouvement dans mon demi-sommeil ? J’aurais dû sentir une douleur si quelque chose en moi s’était cassé. Or là rien, juste l’impression d’être une statue de marbre, inerte, immuable. Ou anesthésiée. Oui, c’est ça, un corps anesthésié. On m’aurait droguée ? Pourtant je suis rentrée seule du bar, pourquoi me droguer sans chercher à en profiter ensuite ? Ça n’a pas de sens. Et puis qui ? Ce charmant jeune homme qui m’a offert une coupe de Vouvray ? Il semblait pourtant bien propre sur lui, irréprochable. Et avec son sourire enjôleur et sa gueule d’ange je ne pense pas qu’il ait besoin d’un tel subterfuge pour séduire toutes les femmes qu’il désire. Vraiment ça ne colle pas. Mais à part lui, personne n’a touché à l’un de mes verres. Hormis le barman évidemment. mais si un employé s’amusait à droguer ses clients, ça finirait obligatoirement par se savoir et il ne garderait pas sa place très longtemps. Hypothèse peu crédible.
Bon je ne suis pas beaucoup plus avancée et mes yeux commencent sérieusement à me piquer. S’il vous plait, paupières, fermez-vous ! Visiblement elles ne m’obéissent pas plus que le reste de ma carcasse. Et la lumière m’aveugle de plus en plus, c’est insupportable. Pourquoi n’ai-je pas pensé à fermer les volets avant d’aller me coucher ? Mais c’est étrange, je ne me souviens pas d’avoir eu ce lampadaire dans mon champ de vision lorsque mon corps s’est arrêté non, non, mon regard était plus bas, j’ai bougé ! Youpi, je ne suis pas encore totalement bonne pour la casse. Je suis encore capable de bouger, certes sans m’en rendre compte et pas de la façon dont je le décide, mais c’est déjà un début.
« Tac »
L’horloge ne s’est visiblement pas totalement arrêtée non plus.. mais elle n’est pas aussi fonctionnelle qu’avant pour autant.. à moins que tout fonctionne normalement, du moins mon corps et l’horloge, et que ce soit mon esprit qui me joue des tours, me donnant l’impression que les minutes fuient alors qu’il s’est écoulé moins d’une seconde? Ce serait donc bien un problème de drogue, mais une drogue qui accélère le cerveau et sa perception du temps, et non pas une drogue qui engourdi le corps. mais dans ce cas pourquoi mes yeux me font autant soufrir ? Ce n’est pas dû seulement à la lumière du lampadaire que je ne vois quasiment plus puisque ma tête a continué à tourner au ralenti et que mes paupières ont commencé à se baisser. J’éprouve pourtant une sensation de sécheresse, comme s’ils étaient ouverts, à l’air libre, depuis des heures… ou presque. Les yeux ne sont pas secs sans raison !
«Tic … tac tic tac tic tac »
L’horloge reprend soudain son rythme normal et mon corps aussi… ou mon esprit. Bref, tout revient dans l’ordre. Il est 2 heures, mais depuis combien de temps. Mes paupières clignent encore et encore pour réhydrater la cornée. cette sécheresse, je ne l’ai pas rêvée. Perturbée. Je crois que j’aurais du mal à me rendormir à présent. Je reprend doucement mes esprits, puis allume la radio.
« … ne s’y attendaient pas. Aucun incident n’est à signaler, mis à part une sécheresse oculaire chez les personnes qui ne dormaient pas à ce moment-là. Ce désagrément sera corrigé pour l’année prochaine. Car oui, cette expérience ayant été un succès, elle sera reconduite à plus grande échelle pour le prochain passage à l’heure d’hiver. En ce qui concerne le passage à l’heure d’été, une accélération est à envisager, mais avec peu de chances qu’elle ait lieu dans les prochains mois, il faudra probablement attendre quelques années supplémentaires pour élaborer une nouvelle modification du courant temporel… »
Texte de Tielle
C’était le changement d’heure, une demi-heure auparavant sa femme était morte dans un accident de voiture. Alors qu’il réglait sa montre, soudain, il ne vit plus le corps de sa femme allongé sur le lit d’hôpital, elle avait disparue. C’était le changement d’heure, une heure en moins et une demi-heure auparavant sa femme était morte dans un accident de voiture. Il comprit soudain que le changement d’heure était un changement spatio-temporel et qu’on était revenu une demi-heure avant son décès.
Extrêmement heureux, il se disait « elle est encore vivante », son cœur battait très fort dans sa poitrine et l’emportait au-delà de la chambre d’hôpital. Elle devait être quelque part près du lieu de l’accident. Il s’y précipita et en arrivant enfin sur le lieu, il la vit traverser. Il se rua alors le long de la rue puis sur les passages piétons et eu le temps de la pousser loin de la circulation. Mais la voiture le heurta de plein fouet.
Cette fois c’était elle qui était à son chevet dans la chambre de l’hôpital où il décéda quelques heures après. Elle ne saurait rien de ce changement spatio-temporel qui la fit revivre mais elle souffrirait à jamais de ce moment où changer l’heure car c’est à ce moment-là qu’il eut l’accident.
Alors, elle se rappellerait du changement d’heure d’été où l’on rajoute une heure moment où ils avaient fêté leur union, c’est comme ça qu’elle le reverrait toujours, rue de l’amour sous les cerisiers en fleur.

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